Les chroniques d'un paysage effacé
Nova Kakhovka
À l’aube du 6 juin 2023, une large partie du barrage de Nova Kakhovka est détruite, provoquant un déversement incontrôlé d’eau en aval. La Russie et l’Ukraine s’accusent mutuellement ; le barrage se trouvait alors sous contrôle des forces russes.
1 mot : écocide*
Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui accuse la Russie d’être « coupable d’un écocide brutal », il « s’agit de la plus grande catastrophe environnementale causée par l’homme en Europe depuis des décennies », et la plus grave de cette guerre.
* Une infraction environnementale qui provoque des dommages graves et étendus, durables ou irréversibles à la nature (air, eau, sols, biodiversité, écosystèmes, animaux, plantes).
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km³
d'eau qui se sont déversés en aval du barrage
équivalent de 7,2 M piscines olympiques
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km²
de terres ont été inondés dans la région de Kherson
l’équivalent de 6 villes de Paris
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t
d’huile de moteur déversées dans le Dnipro
équivalent de 1 100 baignoires
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h
de zones protégées menacés de destruction
équivalent de 80% du Parc naturel régional de Camargue
4 Zones touchées
Le réservoir de Kakhovka
C’est la zone du choc initial : le réservoir se vide, le fond se retrouve à l’air libre. Les milieux aquatiques disparaissent d’un coup, et les dépôts du fond (boue, polluants) deviennent exposés.
Le bas-Dnipro
Le fleuve change brutalement : niveaux d’eau, courant, berges. Les habitats sont arrachés ou déplacés, et les zones de reproduction des espèces d’eau douce sont fortement perturbées.
Le delta + les marais
C’est la zone “tampon” : marais, roselières, bras du fleuve. Inondée puis fragilisée, elle perd une partie de ses fonctions clés (abris, nourriture, filtration naturelle), avec un impact direct sur oiseaux, amphibiens et vie aquatique.
L’estuaire + la Mer Noire
Tout ce qui descend finit ici : eau douce, sédiments, pollution. Le choc se propage vers les milieux côtiers, avec des effets possibles sur la qualité de l’eau, les organismes filtrants et la chaîne alimentaire.
Les especes les plus touchées
Crustacés + Mollusques
Première constatation : une mort massive a touché les organismes lacustres qui peuplaient le lac de barrage. Des milliards de moules d’eau douce se sont brusquement retrouvées à l’air libre. Quelque 500 000 tonnes de coquillages étaient alors en train de se décomposer sur le fond asséché de l’ancien lac.
Poissons
La vidange rapide du réservoir de Kakhovka a entraîné une diminution drastique des populations de poissons. Des espèces telles que le sandre, le brochet et le silure ont vu leurs effectifs chuter de 70 % dans certaines zones.
Oiseaux d’eau
Les zones humides le long du Dnipro, cruciales pour la nidification de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs, ont été détruites. Environ 30 % des colonies d'oiseaux aquatiques, notamment les sternes et les hérons, ont été décimées.
Amphibiens + Reptiles
La rupture du barrage a submergé puis asséché des marais et berges du bas-Dnipro : pour les amphibiens (grenouilles, tritons) et reptiles (tortues d’eau douce, serpents), cela signifie perte brutale des zones de reproduction, mortalité lors de la crue, puis dessiccation des œufs/jeunes et fragmentation des habitats.
Mamnifères
La rupture du barrage a inondé puis bouleversé les plaines du bas-Dnipro, mettant en danger les mammifères des zones humides, avec des estimations allant jusqu’à 20–30% de baisse pour certains rongeurs de plaine inondable et, selon des ONG de conservation, jusqu’à 70% de la population mondiale de la souris des bouleaux de Nordmann touchée par l’inondation.
L'après...
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Des habitats entiers ont été noyés, puis mis à nu en quelques jours. Le bas-Dnipro et les zones humides en aval ont été reconfigurés : berges déplacées, marais fragilisés, cycles cassés. Le choc est immédiat — et durable.
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La végétation recolonise vite le fond de l’ancien réservoir : c’est visible. Mais ce n’est pas un retour à l’état d’avant. Le système se reconstruit sur une base instable, avec une eau imprévisible et des milieux transformés. Le paysage change — pas forcément longtemps.
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Les alertes se durcissent : les sédiments exposés contiendraient environ 83 000 tonnes de métaux lourds, remis en circulation par la pluie, l’érosion et les crues. Le choc descend jusqu’à la mer Noire : perturbation majeure (turbidité, pics de chlorophylle, blooms d’algues).
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Damned (VR)
Damned (VR) est une expérience immersive artistique qui vous plonge au cœur de la catastrophe de Nova Kakhovka — comme si vous y étiez. Sensorielle et émotionnelle, elle fait ressentir l’ampleur du choc et ses conséquences sur le vivant. Construite à partir de faits réels et de sources vérifiables, elle reste compréhensible pour tous et est recommandée à partir de 13 ans.
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